Samedi, 26 Mars 2022 02:11
En laissant l’initiative du jeu à l’adversaire
Belmadi a gagné son coup de poker
En optant pour une défense composée de cinq éléments avec un joueur chargé de jouer tantôt comme libéro, tantôt comme sentinelle, l’entraîneur national, Belmadi, a pris le risque de faire subir à son arrière-garde le poids du match. Certes, le schéma tactique a sûrement été testé et expérimenté avant son adoption pour le match, mais il faut convenir que c’est un gros risque qu’a pris le staff technique.
En effet, Bedrane, Bensebaïni, Benayada, Mandi et Belamri sont des défenseurs de formation et aucun d’eux n’est en mesure de jouer comme sentinelle dans une configuration de cinq arrières. Mais il faut reconnaître que le coach a opté pour la prudence pour la seule raison que c’est à l’adversaire de faire le jeu et lui laisser la liberté d’action serait suicidaire. Il fallait résister à la pression de l’adversaire, du public, de l’arbitrage, à la chaleur, à l’humidité et à la fatigue. La première mi-temps a vu les Camerounais tenter d’imposer un pressing constant sur la défense algérienne. Cette façon d’agir a montré que Belmadi avait raison en blindant son arrière-garde, même si sur le plan de la fluidité du jeu offensif, on sentait l’absence d’un relayeur en mesure d’orienter le jeu dans la zone du milieu. Toutefois, en optant par des contres, les Algériens ont réussi à réduire le danger des protégés de Song, qui se sont retrouvés, à plusieurs reprises, contraints de revenir en catastrophe dans leur zone pour parer au plus pressé. Dans ce registre, le coach national a réussi son coup. Il avait affirmé qu’il préparait un commando et que la bataille allait être physique. Il avait bien analysé la situation et mis en place un système de jeu qu’il n’a pas déstabilisé même quand il a procédé à des changements en seconde période. Les Verts qui craignaient ce déplacement ont réussi un coup de maître. Il leur reste maintenant à composter leur billet pour le Qatar dans quelques jours au stade Tchaker. Hier, c’était une bataille tactique et Belmadi a déjà une longueur d’avance sur Rigobert Song.
Les Verts comme on les aime
Les Verts ont assuré hier face à un adversaire qui leur promettait l’enfer à Japoma. Les Camerounais ont usé de toutes les ficelles pour déstabiliser Belmadi et sa bande. Le choix du terrain de Japoma était dicté par la volonté de replacer l’équipe nationale dans des conditions qui lui avaient fait très mal lors de la dernière Coupe d’Afrique des nations. Par la suite, ils ont multiplié les sorties médiatiques tapageuses, en émettant des doutes sur la participation de certains joueurs cadres. Par la suite, ils ont sorti l’épisode tragique du décès d’Ebossé. Ils ont utilisé toutes les ficelles mais au final, ils ont perdu la bataille. Les joueurs algériens se sont montrés stoïques, ils ont été concentrés durant tout le match, même s’il fait reconnaître que Bennacer et Slimani devraient se montrer plus professionnels en ne rouspétant pas auprès de l’arbitre qui a été à la hauteur, malgré les craintes émises depuis sa désignation pour diriger ce match. Il fait reconnaître toutefois que son arbitrage a été parfois vicieux et que la présence de la VAR a réduit de sa capacité de nuire.L’Algérie est aujourd’hui à un pas d’une qualification à la Coupe du monde. Il faut maintenant bien préparer la manche retour qui sera différente. Les Camerounais n’ayant plus rien à perdre, viendront en Algérie pour jouer leur va-tout. Il faut savoir gérer le prochain match et, surtout, l’aborder avec un autre esprit, celui de confirmer que le fiasco de la dernière Coupe d’Afrique n’a été qu’un accident de parcours pour les Verts qui ont su comment se ressaisir pour aller à la conquête de nouveaux exploits et de nouveaux titres.
L’Algérie réglée à l’heure de Japoma
Bien avant dix-huit heures tapantes, l’Algérie s’est imposé un black-out. Elle s’est réglée à l’heure du match et toute son attention était braquée sur la pelouse cabossée du stade Japoma. Les cafés qui avaient pour habitude de recevoir une clientèle qui ne vit que pour le football ont connu l’affluence. Tous ceux qui voulaient vivre l’événement, le match Cameroun - Algérie, dans la convivialité s’y sont donné rendez-vous. «Je préfère le voir avec mes amis au café du quartier. Je sentirais moins le stress et je laisserais mes sentiments exploser en cas de succès. C’est mieux que de le voir en famille. Je sens moins de stress», dira un supporter des Verts. Les rues de toutes les villes et tous les villages d’Algérie se sont vidées d’un coup. Ça rappelait les instants vécus au moment de l’adhan de l’Iftar au mois de Ramadhan. La circulation s’est ralentie et les rares voitures qui passaient roulaient tambour battant pour rejoindre le foyer ou le café afin de se planter devant un écran de télévision et vivre l’événement. Pourtant, c’était vendredi et c’était un jour de week-end, mais la ville a vraiment connu une halte, pour ne vivre que pour le match. Au fil des minutes et à mesure que passait le temps, l’angoisse devenait poignante. Le coup d’envoi donné, c’est la libération en attendant de vivre le match par tous les pores de la peau et vibrer au rythme de la prestation des Verts. Le temps s’est figé, les respirations devenaient haletantes. On vivait la pression que subissaient les joueurs. La première chaude alerte qui vit Slimani fusiller Onana a redonné espoir. Il y avait de la place pour un exploit. Le but de Slimani a libéré les esprits. Les villes désertes ont résonné d’une clameur qui donne la chair de poule. On retrouvait le goût de la palabre, la finesse du commentaire. La mi-temps sifflée donne du répit aux supporters qui commencent déjà à échafauder des scénarios pour la seconde mi-temps et à rêver d’un exploit. La seconde période fut vécue avec les nerfs à fleur de peau. Toute l’Algérie vivait à l’heure de Japoma, cette arène maudite que les Verts tentaient d’exorciser. On jouait, le temps passait, et dans les cafés on éclusait les cafés jusqu’à n’en plus pouvoir. Les quatre-vingt-dix minutes se sont écoulées, on jouait le temps additionnel, les esprits vivaient une tension qui grossissait au fil des minutes. La fin est sifflée, les Verts ont vécu leur résurrection. Ils sont aujourd’hui à un coup de rein du Qatar. Ils l’ont fait, ils n’ont pas tremblé. Les rues qui étaient vides reprenaient vie. Des supporters ont retrouvé les Verts et leurs exploits et les rues leur hymne de ralliement «One, twoo, three, viva l’Algérie».
N. Benmalek







